FLORE-CULTURE-FAUNE

  

Les Arbres -Les Fleurs-Le Chanvre et  le Lin- Le Foin

LES  ARBRES

Le[1] long des rives de l'Oust et de l’Aff et des environs se retrouvent de nombreuses espèces d'arbres et arbustes plus ou moins communes .

HETRE CHATAIGNIER

 

NOISETIER Feuilles Erable Champêtre

 

 

AULNE GLUTINEUX SUREAU NOIR

 

 

SAULE ROUX PIN MARITIME

 

 

 

LES FLEURS

Fleurs des Marais

                                                         Les  Marais de Vilaine et des environs ont été, de tous temps, l'un des sites naturels de Bretagne les plus renommés quant à leur richesse floristique et phytosociologique. C'est en particulier à travers l'aspect estuarien que la Vilaine avait de prime abord attiré l'attention des botanistes. Dès les années 50, le professeur Pierre Dupont (Université de Nantes) mettait en exergue, dans un article qui a fait date, l'originalité des formations prairiales marquées par l'influence des marées salées en aval de Redon. Cet article très utile présente l'indéniable avantage de dresser un état zéro de la situation, avant la rupture avec l'estuaire, générée par le barrage d'Arzal.

Depuis, il a réitéré cette analyse, avec des éléments comparatifs, lors d'un programme d'étude des marais de l'Ouest, puis dans un numéro de la revue "Penn Ar Béd". L'intérêt de cette comparaison repose surtout sur les changements constatables depuis la mise en service du  barrage d'Arzal,  aménagement qui a supprimé toute remontée des eaux estuariennes au-delà de Camoël.

Or dans toute la partie de la vallée de la Vilaine située en aval de Redon, subsiste, contre toute logique, une forte présence de sel dans certaines parties du marais. Sur ces sols plus ou moins encore salés, peut se développer une flore adaptée, dite subhalophile. Le devenir de ces sols partiellement salés et de la flore associée reste un point d'inquiétude, notamment en raison du lessivage inévitable au fil du temps.

L'iris des Marais

D'autres aspects importants du marais sur le plan floristique ont été depuis mis en évidence, en particulier dans les secteurs affluents et dans les parties amont de la vallée de la Vilaine (Oust, Vilaine en amont de Redon, Don, Arz, Isac). Il s'agit en particulier des milieux acides, tourbeux, qui hébergent une végétation très différente des marais subhalophiles.

Autre aspect primordial, la présence d'espèces végétales d'exception sur l'ensemble des Marais de Vilaine qui est aujourd'hui confirmée par divers inventaires, dont une part notable a été réalisée sous l'égide du Comité des Marais et d'autres dans le cadre de divers projets locaux. Elle se traduit aussi par des associations d'espèces particulières. Certains de ces "habitats naturels" (selon la terminologie européenne) sont rares et sont à préserver en raison de cette rareté ou de leur caractère éminemment représentatif de la biodiversité d'Europe occidentale, comme l'a montré l'inventaire des habitats et des espèces du site Natura 2000 des Marais de Vilaine, inventaire effectué à la demande de l'Institution d'Aménagement de la Vilaine (IAV), maître d'ouvrage de l'étude pour le compte de la DIREN (Direction Régionale de l'Environnement).

Plusieurs études récentes ont permis d'avancer dans la connaissance de cette végétation. Nous en proposons ci-après une synthèse qui n'a pour but que de donner envie au lecteur d'en savoir davantage, surtout en allant voir sur le terrain pour se familiariser avec la diversité naturelle et sa stricte dépendance vis-à-vis des conditions du milieu et des pratiques humaines, à la faveur de sorties organisées ou de découvertes personnelles. Nous attirons cependant l'attention sur deux choses. Il faut maintenir les activités propres au marais, comme le pâturage et la fauche. Il convient de rester intraitable quant au respect de la flore, pour le maintien à long terme d'un équilibre durable entre l'homme et la nature : pas de prélèvements, mais des photos.

Fleurs  de la Vallée de la Vilaine et des Environs.

Ici, les marais sont, pour une bonne part, constitués de prairies aujourd'hui relativement naturelles, c'est-à-dire, du point de vue agricole, permanentes ou à longue rotation. Cependant, dans certains secteurs, le visiteur pourra observer une mosaïque de parcelles où se mélangent cultures et prairies. Cette situation, liée à la capacité actuelle d'évacuer plus ou moins vite les crues et de drainer le marais dès le printemps, est une conséquence de la forte pression socio-économique qui s'est exercée dans les années 70, en faveur de l'intensification de certaines pratiques agricoles dans les marais, orientation qui ne semble ni opportune ni devoir se maintenir. Les milieux qui, dans le marais, recèlent le plus d'espèces et d'associations intéressantes, sont, d'une part, les prairies humides ou mésohygrophiles et d'autre part, le réseau de fossés, d'anciens méandres, de douves et de petits cours d'eau qui quadrillent l'espace.

Fleurs des Prairies.

                                                              Encore inondables quoique avec une fréquence et une durée bien moindres qu'avant 70, les prairies naturelles présentent une flore largement marquée par l'hydromorphie temporaire ou permanente des sols et par les périodes de saturation en eau plus ou moins longues, voire de submersion lors des épisodes pluvieux, pour ce qui est des bas-fonds. A ce facteur "eau" se superpose ici l'influence du sel. Selon l'importance des lentilles salées piégées dans les sols, cette influence est plus ou moins marquée. Aujourd'hui absente de la plupart des endroits proches de la Vilaine mieux drainés et lessivés lors des crues, la flore caractéristique des sols contenant du sel d'origine marine est mieux représentée dans le revers et dans le fond du marais, plus proches du coteau.

Ce modèle général de répartition est néanmoins l'objet de multiples variations d'ampleur dans l'espace à la faveur des étiers, fossés et cuvettes qui piègent ou au contraire, évacuent les eaux douces hivernales apportées par les pluies, voire par les débordements de la Vilaine. Dans les zones où les sols sont encore saumâtres, diverses espèces subhalophiles peuvent subsister. Dans les bas-fonds, petits étiers et micro-cuvettes où l'eau s'évapore sur place au lieu d'être évacuée par des fossés, il peut y avoir une reconcentration estivale en sel qui favorise cette caractéristique.

Laîche Divisée

Légèrement surélevé par rapport au reste du marais, le bourrelet de berge, qui longe la Vilaine, se retrouve artificiellement renforcé par le curage du cours d'eau. Ce bourrelet alluvial présente plutôt une végétation mésophile. Au niveau du revers, ce sont surtout des prairies subhalophiles que l'on va rencontrer, celles-ci devenant de plus en plus humides en allant vers les bas-fonds.

Au pied du coteau, outre une douve périphérique, il subsiste le plus souvent des prairies humides présentant ça et là des cuvettes plus basses, le tout étant fréquemment caractérisé par des espèces subhalophiles. Les parties les plus riches en espèces patrimoniales de la vallée de la Vilaine s'y trouvent. Les associations d'espèces caractéristiques s'y maintiennent parfois, malgré la dessalure et en dehors des parcelles ayant subi des pratiques parfois excessives, telles que les labours, les semis de fétuque et les amendements.

Les espèces végétales présentes dans les secteurs les mieux conservés en état naturel sont les suivantes :

d'abord, plusieurs espèces de trèfles dont :

 

puce

le trèfle de Michaeli (Trifolium michaelianum),

Le plus spectaculaire, à  grandes fleurs et feuilles et à floraison particulièrement précoce ; ce trèfle est   lié aux milieux à la fois saumâtres et très humides. Cette espèce figure en liste rouge des espèces menacées du Massif Armoricain .

puce

 le trèfle résupiné (Trifolium resupinatum), devenu rare ;

puce

le trèfle squameux (Trifolium squamosum=maritimum)  resté fréquent ;

puce

 le trèfle fraise (Trifolium fragiferum) beaucoup moins strictement lié aux sols saumâtres mais appréciant les sols riches en cations.

 Trèfle de Michaeli

Trèfle Résupiné

Trèfle squameux

 

Ensuite, des monocotylédones telles que

puce

le vulpin bulbeux (Alopecurus bulbosus],

puce

 le jonc de Gérard (juncus gerardii), l'un des plus liés au sel,

puce

  la laîche divisée (Carex divisa],

puce

le triglochin (Triglochin maritima}.

Enfin, diverses espèces à leur aise dans ces situations à la fois humides en hiver et sèches en été, comme

puce

 l'oenanthe à feuilles de silaus (Oenanthe silaifolia),

puce

 le ray-grass pérenne (Lolium perenne),

puce

le séneçon aquatique [Senecio aquaticus],

et bien d'autres espèces compagnes

La Laîche Paniculée

Séneçon Aquatique

Dans les parcelles restant humides en fin d'hiver et au printemps, on y ajoutera une espèce remarquable, la renoncule à feuilles d'ophio-glosse (Ranunculus ophioglossifolius), espèce protégée au niveau national et sur la liste rouge de la flore menacée du Massif Armoricain; dont les fleurs et les feuilles de petite taille et la teinte jaune clair s'opposent assez nettement aux autres renoncules du marais (le caractère botanique le plus strict est la présence de fins tubercules sur les carpelles, caractère visible à la loupe).

D'autres espèces qui ne sont pas subhalophiles mais restent assez exceptionnelles sont également présentes, telle l'âche des milieux inondés (Apium inundatum), une petite ombellifère.

Les parties humides se caractérisent aussi par la fréquence d'une espèce que l'on retrouve dans presque toutes les prairies humides, l'oenanthe fistuleuse (Oenanthe fistulosa),  petite ombellifere dont les ombelles blanches à 3 ou 4 ombellules peuvent conférer aux cuvettes inondées une constellation blanche en période de pleine floraison, très attractive au regard.

Oenanthe Fistuleuse

 

On terminera cette brève description du marais subhalophile en précisant que plusieurs associations végétales, composées des espèces citées et de leurs compagnes, sont d'intérêt communautaire (intérêt européen). Il convient donc de les protéger, en particulier sur ce site des Marais de Redon et de Vilaine, qui appartient au réseau "Natura 2000".

Malheureusement, la mise en culture des parcelles et la conversion de certaines prairies naturelles en prairies artificielles, pratiques qui subsistent encore aujourd'hui, banalisent la composition floristique et font disparaître les espèces d'intérêt patrimonial. Si cette situation ne semble pas devoir perdurer, la reconquête de la diversité est lente et incertaine.

Mentionnons enfin qu'aux environs du coteau, certains bas-fonds humides et les fossés les moins salés voient se développer, comme dans les zones humides hors marais inondable, des "prairies à hautes herbes" ainsi nommées parce que leur physionomie est largement dominée par des espèces herbacées mais à grand développement :

v  l'oenanthe safranée (Oenanthe crocata), grande ombellifère à grosses ombelles blanches, très exubérante en région atlantique, très visible en mai-juin pendant sa floraison, y joue souvent le rôle principal, on y trouve aussi

v  la valériane (Valériana officinalis),

v  le faux roseau (Phalaris arundinacea],

v  le liseron des haies (Calystegia sepium],

v  des laîches (Corex elota, Corex paniculata),

v  le jonc diffus (juncus effusus),

 v    la lysimaque (Lysimachia vulgaris)  très belle plante à fleurs jaunes estivales.

Valériane

Laîche paniculée

Lysimaque

 

 

puce

 la menthe aquatique (Mentha aquatica),

puce

le lycope (Lycopus europoeus),

puce

la douce-amère (Solanum dulcamara )

puce

 l'épiaire des marais (Stachys palustris).

 

Menthe aquatique

 

Lycope

Douce-amère

Epiaire des marais

  

Ces "prairies à hautes herbes" sont relativement répandues dans les Marais de Vilaine, que ce soit en aval ou en amont de Redon.

En arrière, dans certains diverticules, des bois humides et en particulier l'aulnaie, apportent un élément important de différenciation floristique et phytosociologique

 

Les Milieux Aquatiques

II s'agit du réseau hydrographique du marais, qui se compose typiquement d'une douve périphérique en pied de coteau et de fossés transverses et longitudinaux, débouchant dans des étiers (anciens chenaux de marée) eux-mêmes reliés à la Vilaine. Parfois, de petits cours d'eau issus du coteau viennent se jeter dans la douve périphérique ou directement dans les fossés. Leurs eaux, plus acides et plus pauvres en bases, sont de caractère suffisamment différent pour engendrer des variations notables de la flore. Les apports d'azote, voire de phosphore, peuvent être la cause d'un enrichissement excessif des eaux du marais, créant un déséquilibre sur lequel nous reviendrons.

C'est dans ces milieux en eau et au niveau de leurs berges que se trouve l'univers des plantes aquatiques ou palustres.

Lorsque le niveau d'eau baisse, dans les parties envasées:

Grenouillette

Lentille d’eau

Cresson

 

Lorsque l'eau devient plus pauvre en éléments minéraux et plus acide, on trouve :

           des colonies de millepertuis des marais (Hypericum elodes = Elodes palustris] aux belles fleurs jaunes contrastant avec un feuillage vert-gris. Cette espèce a comme autre caractéristique de dégager une odeur poivrée proche du cumin ou  de la chicorée torréfiée lorsqu'on la piétine (action non recommandable mais qui parfois suffit à la découvrir). Elle est  souvent accompagnée d'un  potamot à feuilles de polygonum (Potamogeton Polygonifolius)  pour former une association caractéristique.

 

Potamot à Feuilles de Polygonum

Scirpe des marais

Grande glycérine

 

Sur les berges se développent les hélophytes :

Ø  scirpe des marais (Eleocharis palustris),

Ø  grande glycérie (Glyceria maxima),

Ø  faux roseau (Phalaris arundinacea),

Ø  vrai roseau (Phragmites australis],

Ø  massette (Typha latifolia ou, moins fréquente, Typha angustifolia)

Ø  et une ombellifère exubérante, l'oenanthe safranée (Oenanthe crocata), typique des milieux inondables en régions atlantiques.

C'est à cette occasion qu'il faut mentionner l'intérêt de ces fossés en milieu subhalophile. Lorsque la présence du sel reste suffisante, des espèces halophytes facultatives particulièrement résistantes à la dessalure, subsistent, comme Scirpus maritimus, pouvant constituer des colonies denses. En pleine eau, on peut trouver aussi une plante à feuilles en lanières fines, plus fréquente dans ces eaux saumâtres, la zannichellie (Zannichellia palustris)

Vrai roseau

Massette

 

Enfin, joyau patrimonial de ces milieux aquatiques, le flûteau nageant (Luronium natans),

Fluteau Nageant

 

Espèce protégée au niveau national, mais aussi européen, dont on pourra observer quelques belles stations dans certains fossés des Marais de Vilaine. Lorsqu'il se porte bien, il peut être abondant sur des dizaines de mètres. Ailleurs, seuls quelques pieds sont visibles. Relativement discrète, cette espèce atteint son développement optimum dans des eaux faiblement ou moyennement minéralisées et craint un excès d'ombrage, ainsi que la concurrence des hélophytes et des autres hydrophytes. Voilà de quoi inciter à une vigilance toute particulière, tant en ce qui concerne l'entretien des berges et le curage périodique des fossés, que la qualité des eaux. Le curage doit être pratiqué avec circonspection, car il peut aussi faire disparaître la plante. Aussi doit-il être toujours partiel et modeste, suffisamment espacé dans le temps pour permettre la recolonisation du milieu par la plante. Laisser les plus belles stations en l'état, à moins que l'explosion végétale et l'envasement ne menacent de les faire disparaître.

Fleurs de la Boucle de Quinsignac.

 

                                                         Cet ancien méandre de la Vilaine, situé sur la commune de Rieux, a été recoupé lors de la rectification de la Vilaine, consécutive aux grands travaux des marais de l'Ouest contemporains du barrage d'Arzal. Il en subsiste un bas-fond allongé, ouvert sur la rivière côté aval par un exutoire pourvu d'un ouvrage hydraulique. Une végétation aquatique et palustre s'y développe, tout en étant partiellement pâturée.

Plus de 150 espèces végétales y ont été observées durant les années 2004 à 2006. Parmi les espèces d'intérêt patrimonial, on citera notre fameux

v  Trèfle de Michaeli (Trifolium michaelianum), l'improprement nommé "jonc fleuri",

v  Butomus umbellatus,  qui n'est pas un jonc, mais ressemble  effectivement à une maigre touffe de jonc pourvu d'une ombelle de fleurs roses étoilées du plus bel effet,

v  La lentille d'eau (Wolffia arrhiza)  et

v  Une patience (Rumex maritimus] dont le nom latin est trompeur car elle est  loin de se cantonner aux milieux littoraux.

Jonc fleuri

Lentille d’eau

Patience

 Le butome n'est pas très fréquent dans les Marais de Vilaine, puisqu'à ce jour, seules quatre stations sont connues. Il est inscrit sur la liste rouge des espèces menacées du Massif Armoricain. Les autres stations se situent sur les communes voisines (Saint-Nicolas-de-Redon, Fegréac, Théhillac), ce qui laisse soupçonner un ancien noyau de population dans tout ce secteur, probablement à la faveur des berges des anses envasées de la Vilaine, avant curage et rescindements.

Fleurs de la Vallée de lOust

 Dans la vallée de l'Oust, se succèdent des compartiments paysagers assez divers qui ont chacun leurs caractéristiques biologiques. Près de Redon, en amont de la Goule d'eau (confluence de l'Oust et de la Vilaine), les prairies-roselières de fauche, dans lesquelles la grande glycérie  et le faux roseau  jouent un rôle prépondérant, succèdent aux grandes étendues de roselières et de prairies à hautes herbes, laissées à l'abandon. Quelques dépressions plus humides permettent le développement de formations de marécage (phragmitaie, roselière basse à scirpe des marais, cariçaie à grande laîche des rivages).

Puis c'est le Marais de Mussain (Ruisseau de Via), dans lequel on peut observer la présence de l'osmonde royale, qui est aujourd'hui très envahi par la saulaie. Suivent le Marais de La Roche du Theil et le mortier de Saint-Vincent-sur-Oust, qui constituent deux digitations plus indépendantes de l'Oust, où alternent prairies pâturées, formations palustres (roselières, cariçaies) et zones en eau. L'élodée dense  et la jussie, deux espèces de plantes envahissantes, y ont trouvé les conditions propices à leur développement.

Scirpe des marais

Élodée dense

Jussie adulte

Sur les divers ensembles prairiaux du secteur de Redon, une espèce de carex est particulièrement présente, il s'agit de la laîche aiguë (Carex acuta), espèce gazonnante, mais haute. Quant à la plupart des espèces banales de prairies humides, on va également les retrouver dans ces marais.

Lorsqu'on aborde le secteur de l'Ile aux Pies et du Mortier de Glénac, le marais prend une toute autre dimension. A la confluence de l'Aff et de l'Oust, se forme une sorte de plan d'eau, qui est aujourd'hui menacé par l'envasement et sur lequel quelques herbiers de potamots {Potamogeton crispus, Potamogeton lucens) et d'importantes colonies de nénuphars (Nuphar luteum) se sont installées. Les plantes exotiques, comme la jussie  et l'élodée dense, y sont aussi très proliférantes. En périphérie, de vastes roselières à faux roseau  et grande glycérie  se développent, auxquelles se mêlent les cariçaies0 à grandes laîches, parsemées d'une saulaie de plus en plus dense. Quelques prairies de bordure nous révèlent la présence de la discrète gratiole officinale (Gratiola officinalis],  à petites fleurs mauves à l'aisselle des feuilles, rampante ou légèrement redressée. Cette plante est une espèce d'intérêt patrimonial, protégée au niveau national et en liste rouge des espèces menacées du Massif Armoricain; préférant les prairies basses, très humides et pâturées, la gratiole ne délaisse pas pour autant les prairies hautes et abandonnées, comme on peut le voir sur Saint-Nicolas-de-Redon, par exemple.

Nénuphar blanc

Gratiole officinale

Jonc des tonneliers

Dernier compartiment traditionnellement rattaché à ce vaste territoire des marais de l'Oust, le secteur compris entre le Mortier et Peillac contraste avec les précédents par l'importance des cultures et des prairies artificielles, mais également par la raréfaction des milieux palustres et aquatiques, qui sont relégués aux rives de l'Oust, à quelques fossés et dépressions humides.

Malgré cet environnement, l'inventaire du Comité des Marais de 2003 a permis la localisation de 3 stations de flûteau nageant (Luronium natans), en amont du Pont d'Oust, sur la commune de Peillac. Deux de ces stations se trouvent dans des mares (abreuvoirs à bétail), quant à la troisième, elle correspond à une douve située en bordure de la route qui dessert le marais des Hommées. Ce marais des Hommées est d'ailleurs intéressant, car il renferme une roselière à jonc des tonneliers (Scirpus lacustris). Le jonc des tonneliers ou scirpe des lacs, autrefois plus répandu, s'est considérablement raréfié sur tout le territoire, probablement en raison des dégâts causés par les rats musqués et ragondins. Il ne subsiste qu'en quelques points des Marais de Vilaine et en général, il ne s'agit que de petits peuplements, parfois réduits à quelques pieds. On peut le rencontrer par exemple en vallée de l’lsac. Ce scirpe était autrefois très utilisé pour la vannerie et pour maintenir les barriques en cerclage, cette tradition ayant été recensée sur la commune de la Chapelle-de-Brain (Marais de Gannedel).

 

Autres Fleurs – Autres Plantes.

 

Parmi les plus répandues ou les plus remarquables

Renoncule Rampante

Ajonc d’Europe

 

Bruyère cendrée

Mais également différents lichens et mousses

 

Lichens

Polypode commun

 

Mousses

Fougères

 

Les Espèces d’Intérêt Patrimonial

 

Châtaigne d’eau

Lentilles d'Eau

 

Flûteau Fausse Renoncule

 

Dans les Marais de Vilaine et environs, la seule espèce végétale d'intérêt communautaire européen, mentionnée dans la Directive "Habitats", est le flûteau nageant (Luronium natans], dont la présence a été confirmée dans certains marais et nouvellement trouvée dans d'autres. Cette espèce est disséminée en des endroits très divers du site, d'extension très variable. Il s'agit le plus souvent de ruisseaux ou de douves aux eaux plutôt acides et peu chargées (eaux oligotrophes à mésotrophes). Alors que dans certains secteurs (Vallon du Rocher), les populations sont très importantes, dans d'autres endroits, comme dans le Marais du Petit Bézo, on ne retrouve que quelques individus. L'espèce reste fidèle à un biotope bien précis et de ce fait, est à la merci des aménagements et des pollutions.

D'autres espèces patrimoniales sont menacées par l'invasion des plantes exotiques, et plus particulièrement de la Jussie, et par les opérations d'élimination qui en découlent. On remarque, par exemple, que la châtaigne d'eau (Trapa natans), autrefois fréquente dans les Marais de Vilaine, n'a plus été observée en vallée de l'Oust, après 1996, dans les vallées de la Vilaine et de l'Isac après 1999, et dans la vallée du Don après 1997.

Néanmoins, la richesse taxonomique des Marais de Vilaine est indéniable, avec pratiquement une cinquantaine d'espèces dont l'intérêt patrimonial est indiscutable, en raison de leur rareté départementale, régionale ou nationale. Il est vrai que beaucoup d'observateurs sont présents régulièrement ou occasionnellement sur l'une ou l'autre des parties du site, ce qui augmente la probabilité d'observer telle ou telle espèce même si elle est rare ou localisée. Un important travail a été mené sur plusieurs communes par le Comité des Marais, qui souvent confirme ou complète des observations antérieures,

Scirpe ovale

Orchis à fleurs lâches

Stellaire aquatique

 

L'évolution de la richesse spécifique des Marais de Vilaine est très difficile à appréhender, car tous les sous-ensembles n'ont pas bénéficié d'un "état zéro" à la même période et l'ensemble des marais n'est pas prospecté dans le détail régulièrement.

Quelques processus n'échappent pas à l'observateur averti, comme la progression des ligneux (saules, aulnes, pins...) et des grands hélophytes, dans divers marais comme Mussain, une partie de Gannedel, Murin, le ruisseau de l'étang Aumée, le vallon du Dréneuc, des marais de l'Isac, le vallon du Roho. Cette évolution s'exerce bien entendu au détriment de toute la diversité floristique initiale.

En matière de perspective, on peut craindre une diminution forte de la biodiversité dans les décennies à venir, liée à la fois à la fermeture du paysage des marais précités et à la baisse de salinité résiduelle dans certaines parties en aval de Redon avec passage à un statut mésotrophe, voire eutrophe sous l'influence des fertilisants et une acidification du sol.

 

Les Plantes Exotiques Envahissantes

 

 La  Jussie

Si vous vous êtes déjà promenés dans les Marais de Redon et des environs à la belle saison, vous avez sans doute remarqué la présence d'une belle fleur jaune qui pousse à la surface de l'eau et sur les terrains humides. Cette plante, c'est la Jussie, une plante exotique, aquatique et très envahissante. En réalité, il existe deux espèces de Jussie, Ludwigia peploïdes et Ludwigia grandiflora (L.uruguayensis) qui se différencient par la pilosité des feuilles  (L.peploïdes n'a pas de poil). Toutefois, il est assez difficile de voir la différence.

Jussie au stade rosette

 

 Originaire d'Amérique du Sud, la Jussie a gagné les côtes françaises, il y a maintenant un peu plus d'un siècle, en commençant par le sud de la France et plus précisément Montpellier, puis en remontant le long de la façade atlantique. Arrivée dans les Marais de Redon et de Vilaine dans les années 90, elle a colonisé la plupart des affluents de la Vilaine et les zones humides qui leur sont associées. Bien qu'elle soit avant tout aquatique, il lui arrive de s'installer sur les prairies humides et de développer une forme terrestre, en général plus petite.

Cette plante a besoin de lumière et se développe dans des eaux avec peu ou pas de courant ; elle est d’une grande adaptabilité vis-à-vis des nutriments et du substrat. Elle présente des feuilles alternes avec des nervures bien visibles, atténuées en pétiole. Arrondies en début de développement, elles s’allongent ensuite. Elle fournit une grosse fleur à cinq pétales

 Grâce à son mode de reproduction par bouturage et à ses grandes capacités d'adaptation aux conditions du milieu, la jussie a rapidement recouvert de grands territoires, générant d'importantes nuisances vis-à-vis du milieu, mais aussi des activités humaines. En se développant, la jussie peut former de grands herbiers très denses, constitués d'un enchevêtrement de tiges pouvant atteindre 6m de long et de racines pouvant aller jusqu'à 3m de profondeur et à près d'un mètre au dessus de la surface de l'eau. L'implantation de tels herbiers modifie donc considérablement les sites :

Ø    Accentuation du phénomène de comblement :l’écoulement étant ralenti, les particules en suspension ont tendance à se déposer. De plus, en se dégradant, les plantes fournissent de la matière organique, ce qui amplifie le phénomène.

Ø    Asphyxie du milieu : la dégradation des plantes par les micro organismes : entraîne une consommation d'oxygène importante, ce qui appauvrit le milieu.

Ø    Diminution de la biodiversité et banalisation du milieu : les capacités de développement et d'adaptation de la jussie sont telles que la plante prend peu à peu la place d'autres plantes.

Les répercutions sont aussi visibles sur la faune, surtout piscicole. Le maillage serré des tiges empêche la libre circulation des poissons qui préfèrent donc quitter les sites trop envahis.

Quant aux usages, ils sont également très perturbés. Certains herbiers peuvent atteindre de grandes tailles et recouvrir la presque totalité d'un cours d'eau. Dans ce cas, la navigation devient impossible, les hélices et les rames se prenant dans les plantes. Il en est de même pour la pratique de la pêche et de la chasse. Bien que la jussie soit présente sur l'ensemble des Marais de Redon et de Vilaine, plusieurs secteurs sont beaucoup plus touchés que d'autres, avec un degré d'envahissement presque total pour certains endroits. On peut alors observer d'immenses tapis vert et jaune, sous lesquels, on a d'ailleurs parfois du mal à distinguer l'eau. Le Mortier de Glénac, entre autres, fait partie de ces sites.

La reproduction végétative favorise grandement cette colonisation, puisqu'il suffit d’un petit morceau de tige avec un nœud et des racines adventives pour donner naissance à un nouvel individu. La bouture s'accroche au niveau des berges et commence à se développer à la surface de l'eau sous forme de petites rosettes,  puis la plante pousse verticalement et s'enracine sur le fond. Les feuilles se modifient et commencent à s'allonger. Bien que la plante puisse se reproduire par graine dans certaines régions et dans certaines conditions, le bouturage reste le principal moyen pour la jussie d'envahir de grands espaces.

Devant l'ampleur de la prolifération de cette plante, des travaux d'arrachage ont été mis en place par les organismes gestionnaires des cours d'eau et des marais attenants. Ces interventions manuelles et mécaniques ont permis d'améliorer la situation sur plusieurs affluents de la Vilaine ou tout au moins de stabiliser le processus de colonisation. L'arrachage peut se faire de différentes manières. Lorsqu'il est mécanique, pour les grandes surfaces, on utilise des bateaux équipés d'une fourche à l'avant, des pelleteuses avec un godet ou une griffe. Par contre, pour les petits herbiers ou en finition des grands travaux, on a plutôt recours à l'arrachage manuel qui est plus précis. C'est la combinaison de ces différentes techniques, associée à la continuité des interventions d'une année sur l'autre, qui peuvent permettre d'obtenir certains résultats.

Jussie adulte

Fleur de Jussie

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 La jussie n'est pas la seule plante envahissante à fréquenter les Marais de Redon et de Vilaine. Bien que moins présentes et moins visibles, deux autres plantes exotiques aquatiques colonisent elles-aussi les rivières, les douves et les plans d'eau : le Myriophylle du Brésil (Myriophyllum aquaticum)  et l'Elodée dense (Egeria densa) qui viennent également d'Amérique du Sud.

                            Le Myriophylle du Brésil, plante qui se reproduit aussi par bouturage, reste localisé dans le bassin de l'Arz où il occupe préférentiellement le réseau secondaire, comblant peu à peu les fossés. Cette plante, comme d'ailleurs la jussie et l’élodée dense, s'installe dans les secteurs calmes où il y a peu de courant, voire pas du tout, afin de permettre l'implantation des boutures. Ayant un comportement semblable à celui de la jussie, il génère les mêmes perturbations.

 

Myriophylle du Brésil

Élodée dense

                          Quant à l’élodée dense, elle colonise l'ensemble des Marais de Redon et de Vilaine, sur les mêmes sites que la jussie, avec laquelle elle est plus ou moins en compétition. Contrairement aux deux autres plantes qui ont une partie émergée, l'élodée dense ne pousse que sous la surface, hormis ses petites fleurs blanches qui pointent leur tige hors de l'eau au moment de leur floraison. De ce fait, quand elle se mélange à la jussie, on ne la voit pas toujours.

 

 

Le  Lin et  Le  Chanvre

 

Le Lin en Bretagne

 

Présentation Générale.

 

                                                    Le [2]lin est une plante annuelle des régions tempérées de fa famille des Linaceae à fleure bleu et de croissance rapide, sa maturité en ce qui concerne la fibre est présente cents jours après les semailles et sa récolte a lieu environ cent vingt jours après les semailles. Elle est principalement cultivée pour ses fibres, mais aussi pour ses graines oléagineuses, sa culture se pratique dans le Nord et la Picardie, la Normandie, l’Anjou et la Bretagne. Grâce à son climat maritime, grâce à la diversité de ses sols cultivables, grâce aussi à sa forme topographique de bocage offrant aux tiges frêles de lin et de chanvre des abris naturels contre les vents violents, certaines contrées de la Bretagne présentaient des conditions climatiques favorables à la culture de ces deux plantes. Le lin poussait très bien dans toute la zone littorale de la Bretagne, c’est à dire dans toute la ceinture dorée et également dans le bassin de la Vilaine. Le chanvre se cantonnait surtout dans les grasses alluvions de la Vilaine et de ses affluents, l’Oust en particulier. Les graines de lin  et de chanvre indigènes étaient de médiocre qualité et s’épuisaient rapidement, principalement celles de lin. Aussi devait-on en faire venir des pays nordiques, des provinces baltiques en particulier. Chaque année, de nombreux bateaux chargés de ces semences accostaient aux quais de Saint-Malo, entre autres, pour décharger leur cargaison de graines ; celles-ci étaient ensuite vendues par les blatiers. La culture de ces deux plantes était longue et difficile. Arrivés à maturité, elles subissaient plusieurs traitements. 

 

Culture du Chanvre Plan de Chanvre

 

 Les fibres du lin permettent de faire des cordes, du tissu, ou plus récemment des charges isolantes pour des matériaux de construction. Les graines sont utilisées pour produire de l'huile de lin (pour l'industrie de l'encre et de la peinture) et des aliments pour animaux pour sa richesse en oméga-3.

Histoire.

                     Le lin est originaire du Moyen Orient, Egypte, Perse etc. Il s'est adapté à de nombreuses régions et changements climatiques.  Au néolithique, les communautés du Levant le cultivaient déjà sept mille cinq cents ans avant J-C, avec les premières céréales ainsi que les premiers légumes domestiques ; les graines étaient alors consommées pour leurs qualités nutritives.

On en retrouve trace en Europe, comme en Suisse, qui serait daté de 10 000 avant J-C, puis en France, mais plus récemment  dans le secteur de la Mer Morte. Depuis plusieurs millénaires (cités su lacustres du Jura)  sous forme de fragments de toile. Les archéologues ont également trouvé des peignes à tisser et à serrer les trames, des pelotes de fils, des aiguilles, des fuseaux de bois utilisés pour le filage du lin. Dans ses applications, les Égyptiens utilisaient, pour leurs momifications, des tissus de lin tellement fins que même nos technologies ne peuvent en reproduire de semblables à ce jour. On a compté 360 brins pour constituer un seul fil et 500 fils au centimètre carré dans un tissu. Plus tard, l'usage du lin gagna les pays du bassin méditerranéen puis le nord de l'Europe. Le lin offre aussi sa graine pour la fabrication de pain aux céréales, très apprécié dans les pays d'Europe du Nord. C'est Philippe de Girard qui; avec son invention au début du XIXe siècle de la machine à filer le fin, permit au nord de la France de devenir l'un des premiers centres de filature industrielle d'Europe.

Fragments de toile de lin trouvés dans le secteur de la Mer Morte

 

Le lin est introduit en France par Charlemagne. C'est à partir du XIe siècle que l’utilisation du lin s'y généralise. La tapisserie de Bayeux est l'exemple le plus célèbre de la présence du lin à cette époque. Au XIIIe siècle, sa culture se développe dans les Flandres, la Bretagne et l'Anjou, mais c’est au XVIIe siècle que le lin atteint son apogée. Il rentre alors dans la fabrication des toiles fines de Cambrai, des toiles dites "Bretagne superfine", des dentelles comme celles du point d'Alençon, des blouses, des mouchoirs sont réalisés avec finesse difficilement égalés à ce jour.

Les surfaces cultivées atteignent 300 000 ha avec un rendement de 600 kg de fibres par hectare. Au XIXe siècle, la filature et le tissage entrent dans l'ère de l'industrialisation. En France les petits lots produits par les fermes ne conviennent plus aux industriels, car les qualités sont très disparates et les méthodes de ramassage ne sont pas identiques suivant chacune des régions françaises ; de ce fait, les surfaces cultivées de lin chutent à 100 000 hectares. Ce déclin est accentué par l'utilisation intensive du coton. La production française ne sera plus que de 20 000 ha avant 1945. Après la seconde guerre mondiale, l'arrivée en France d'agriculteurs belges relancera la culture du lin pour atteindre 50 000 ha. Les décennies suivantes verront l'apparition de la mécanisation agricole, de  la création variétale, du perfectionnement du teillage. Aujourd'hui la culture et la transformation se sont industrialisées, le lin n'en a pas perdu pour autant son caractère noble et naturel, alliant tradition et modernité.

Culture.

                   D'une culture délicate car très rapide environ quatre mois, cette courte période végétative rend difficile tout rattrapage en cas d'incident (mauvaise levée, conditions climatiques défavorables).  Le lin doit pousser suffisamment pour avoir un rendement satisfaisant, mais pas trop sinon il est trop fin. Le lin est une des rares fibres textiles végétales européennes. Elle a la particularité d'être une fibre longue (plusieurs dizaines de centimètres), par rapport aux fibres courtes (le coton) ou moyennes (la laine), grâce à son mode de culture, les semis sont denses de façon à obtenir des tiges droites et peu ramifiées de 0,50 à 1,20 m (jusqu'à 2 m sur les bords du Nil). Les cultivateurs craignent le phénomène de « verse » par temps d'orage car plus il grandit, plus il devient sensible ; quelques fois, pour limiter sa croissance et favoriser la solidité des fibres, sont utilisés des produits chimiques appelés « régulateurs ».

Le lin, ayant une racine pivot, il doit être planté dans une terre finement préparée. Cette préparation sur le sol est très importante car elle sera gageuse de la qualité de la fibre, puis les semis nécessitent des conditions climatiques optimales et un réel savoir-faire de la part de l'agriculteur. Le lin est une plante exigeante pour les terres, d'autant plus que toute la plante, racine comprise, est récoltée, retirant alors beaucoup de matières organiques hors des champs.

La rotation; sur les parcelles cultivables pour le lin doit donc être très lente; il faudra au minimum entre 5 à 6 ans entre deux cultures pour permettre au sol de se régénéré, ce qui n'était pas le cas pour la vallée du Nil qui était approvisionné par les sédiments et alluvions de ce dernier quand il était une fois par an en cru, ses sédiments régénéraient le sol de façon systématique.

La floraison intervient autour du 15 juin, les champs se parent alors d'une subtile couleur bleue pendant à peu près une semaine. Les fibres ont alors atteint leur longueur maximale. Les capsules contenant les graines vont se former au cours des 15 jours suivant la floraison.

La récolte commence vers le 15 Juillet, les lins vont d'abord être arrachés, le  travail est pénible car il se fait à la main. Les poignées de lin arrachées sont couchées sur le sol ce qui préserve ses fibres les plus longues et déposés au sol sous forme d'andains. En fonction des conditions climatiques, des caractéristiques des lins semés et des parcelles, les lins vont rester au sol entre 2 semaines et 2 mois pour le rouissage. Favorisée par l'alternance de la pluie et du soleil, une action enzymatique dégrade les pectines qui lient les fibres à la paille. Les ligniculteurs vont alors retourner les pailles en cours de rouissage pour obtenir un résultat homogène.

Situation économique.

                                                      L'Europe est le premier producteur de fibres de lin au monde, avec 2/3 de la production mondiale, cultivés sur environ 110 000 ha (chiffres de 2006/2007). En France, sa culture est pratiquée depuis la frontière belge jusqu'à la plaine de Caen.

Le lin cultivé en Europe est reconnu comme le meilleur du monde. Cette excellence est le fruit de la réunion de trois facteurs bénéfiques :

ü  la présence de sols adaptés,

ü  les conditions climatiques favorables,

ü  le savoir-faire des ligniculteurs expérimentés et soucieux de la qualité. Dans le domaine de la production agricole, les spécialistes européens ne laissent rien au hasard, la préparation des terres, la sélection des variétés, le semis et fa croissance du lin, la récolte par arrachage et le rouissage à terre, toutes ces étapes mobilisant la même rigueur et les mêmes soins.

Biotechnologie.

                                               Numéro 1 sur l'échelle de la reconquête pour un développement durable le lin européen est écologique : le lin requiert cinq fois moins de produits additionnels comme pesticides (engrais, activateurs ou retardateurs de croissance) que le coton, en particulier parce que sa culture est rotative et donc n'épuise pas les sols. Et, comme pour les meilleurs vins, aucune irrigation n'intervient dans sa croissance. La transformation de la plante en fibre respecte l'environnement : contrairement aux fibres artificielles, là nous n'avons pas besoin ni d'énergie ni de solvants pour transformer le produit initial en fibre. Le procédé de transformation s’effectuera par la méthode dite du rouissage.

 

Les Étapes pour sa Transformation.

Le Rouissage.

                                                  C’est la première opération dans le traitement du lin et du chanvre.  Ce procédé naturel est destiné à favoriser l'extraction des fibres de la tige de ces plantes. Le rouissage est la dissociation des parties fibreuses de la plante en éliminant la pectose qui soude les fibres (filasse) de la partie ligneuse sous l'action combinée du soleil et de la pluie. Le rouissage nécessite suffisamment d'eau pour que la sève et les résines qui collent les fibres entre elles disparaissent, mais pas trop pour que les fibres soient intactes.

Cette opération est très importante dans la production de lin. Elle fait en grande partie la qualité du lin.

Il existe plusieurs techniques de rouissage :

Le Rouissage du Lin

 

 

  1. Le rouissage dans l’eau d’une rivière.

                                                                       Traditionnellement en Belgique et en France, le rouissage s'effectuait en rivière où l'on faisait tremper les bottes, donnant à l'eau une couleur rousse et une odeur nauséabonde provoquées par la décomposition bactérienne.   Certains seigneurs, alors propriétaires des cours d’eau, interdisaient ce traitement sous prétexte que cela encombrait les rivières et faisait périr le poisson. De même, les meuniers n’appréciaient pas non plus cette opération de rouissage car certains paquets de tiges, les tourelles, s’en allaient au fil de l’eau  et bouchaient les rigoles d’alimentation en eau des moulins. Plus tard, les autorités administratives, les préfets entre autres, prirent des arrêtés pour réglementer ce procédé.

Règlement pour  Glénac

 

15 mars1923[3]

Réglement du Rouissage à Glénac

 

  1. Le rouissage en cuve ou en bassin.

                                                                     Cette technique, très ancienne, consistait à tremper les paquets de tiges dans une cuve remplie d’eau. Ce rouissage  a quasiment disparu depuis les années 1980. Ce rouissage donnait une toile plus blanche et un résultat moins aléatoire que le rouissage à l'air, sur champ,  (voir ci-après).

En Bretagne, la cuve était remplacée par un bassin, appelé routoir (poul-in en breton) ; les bassins étaient bâtis en pierres sèches maçonnées avec de la terre, disposant d'un fond pavé ou utilisant directement la roche mère. Le bassin était rempli de bottes de lin sur lequel on disposait des planches. Des galets étaient ensuite posés dessus. L'eau pénétrait ensuite et stagnait pendant 2 à 3 semaines. L'eau prenait une couleur jaunâtre et dégageait une odeur nauséabonde et nocive. Les bassins étaient situés près d'une source mais restaient éloignés des habitations du fait de l'odeur pestilentielle dégagée. Les odeurs incommodaient non seulement les habitants mais aussi les animaux.Cette technique a été interdite par l'Union Européenne pour des raisons environnementales.

  1. Le rouissage sur champ.

                                                     Ce procédé consistait à laisser le lin dans le champ pour bénéficier d’un juste dosage de pluie et de soleil  pendant plusieurs semaines. Le lin ou le chanvre avaient ainsi des «  crus » en fonction de la météo et des nuances propres à chaque terroir. C’était une technique plus simple que les deux précédentes mais elle demandait malgré tout un travail certain. Tributaire de la météorologie, le ligniculteur doit être particulièrement vigilant sur cette dernière pour amener à bien sa récolte avec la meilleure qualité. Si le lin est trop roui c'est à dire griller plutôt que sécher, il est brut dans le champ (obligatoire, car les fibres, pourrissant difficilement et donc lentement, favorisent des maladies pour la culture suivante). Si le lin n'est pas assez roui, il est invendable. A la fin du rouissage, lorsque les pailles sont suffisamment sèches, elles vont êtres enroulées puis elles seront stockées à l'abri avant leur passage au teillage pour séparer les pailles et la fibre. Pour le chanvre, le séchage s’appelait le hâlage.

Un autre élément est à prendre en compte : le vent ; il est encore un ennemi après l'arrachage du lin, durant le rouissage car, quand il souffle trop fort, la récolte se retrouve en paquets désorganisés et tous emmêlés en bout de champ. De la préparation du sol à la récolte, ce produit naturel est décidément très dur à domestiquer sous vigilance accrue. Toutes ces difficultés expliquent la disparité de cette production et, de ce fait, s'autolimite à certaines régions et très hétérogène d'une parcelle à l'autre, un orage localisé suffit pour changer la qualité.

Comme pour le vin, on parle souvent de cru et de terroir ; pour le lin, c'est la même chose. La forte probabilité d'une mauvaise récolte est donc permanente et n'incite pas vraiment l'agriculteur à franchir le pas, on parle bien souvent d'une bonne récolte, une fois tous les 10 ans. Le cas contraire est plus souvent présent avec la possibilité de la perdre jusqu'au dernier moment ; une culture peu intéressante, vous dirons certains agriculteurs, d'un point de vue purement économique. Par contre, le lin est une tête de culture qui permet une terre de meilleure qualité pour avoir de meilleures récoltes sur des plantes plus faciles.

Le Teillage.

                                               C’est la deuxième opération du traitement du lin et du chanvre. Elle avait pour but de briser, de broyer les tiges afin d’en extraire les fibres, c’est à dire que la partie extérieure de la tige, appelée le bois ou anas. était séparée de la partie centrale contenant les fibres.   Avant de commencer l’opération, on avait pris soin de retirer les graines qui servaient de semence pour les cultures suivantes.

Deux procédés de teillage existaient :

Teillage à la Main

 

Ë Le teillage à la main 

Le mot vient de tilleul. Le Teil est un instrument manuel à levier qui était utilisé pour briser le bois et extraire les fibres. Suivant les régions, cet instrument  s’appelait aussi la broie (de broyer) ou encore la macque d’où le terme de «  macquer » le lin ou le chanvre.

 

 

Le Battage du Lin

 

Ë Le battage.

C’était le procédé courant pour séparer la fibre textile de la «  chévenotte », c’est à dire la partie ligneuse de la plante qui subsiste après qu’on ait enlevé la filase

Peignage du Lin

 

Peignage

                                             Le peignage de la filasse est la troisième transformation du lin.  C’est la préparation du lin ou du chanvre teillé en vue de la filature. Cette opération était destinée à faire tomber les parties grossières qui donnaient l’étoupe utilisée pour le calfatage des bordés et des ponts en bois des bateaux. Ce travail devait être le plus régulier possible pour que le peignage se réalise dans de bonnes conditions. Puis les faisceaux de fibres sont divisés et parallélisés

Rouet et la Fileuse

 

Métiers à Tisser

Le filage.

                        Il était effectué au moyen du rouet ou du fuseau. C’était le travail des jeunes filles et des femmes.

Le tissage et la confection.

                        Pour donner des vêtements tel que tailleur, chemisier, jupe pour les femmes et veste, costume ou chemise pour les hommes.

C'est avec le fil de lin que l'on fabrique les plus belles toiles et les dentelles.

Le meilleur lin est doux, liant, fort et luisant.

 

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Métiers Disparus.

Voici les noms de ceux qui travaillaient le lin autrefois :

Rouisseur : ouvrier faisant «  rouir » le lin ou le chanvre ;

Empercheur : ouvrier faisant sécher le lin sur des perches ;

Émoucheteur : ouvrier nettoyant le lin en lui ôtant les pailles ;

Tilleur : ouvrier teillant ces plantes ;

Écangueur : ouvrier chargé d’éliminer la paille du lin ;

Drègeur : ouvrier peignant le lin avec une drège ;

Pesselier : nom du batteur de lin ;

Linatier ou Linier : tisseur ou marchand de lin ;

Lisseur : tondeur de draps.

 


LE  FOIN.

Battage d’une faux pour l’aiguiser

 

 Le[4] foin est une récolte usuelle sur le site des marais. Il servait de litières et de fourrage aux bêtes. Au 19ème siècle, une «hommée» correspondait à l'étendue de foin qu'un homme pouvait abattre dans sa journée sur le marais.

De la fin mai jusqu'à la St-Jean, c'était le temps de la fenaison. Pendant beaucoup de siècles, ce travail fut fait à la faux. Faire des meules de foin, le charger à la fourche, faire courir le petit râteau de bois; ce dernier travail était fait parfois par des enfants. Le plus à plaindre était celui qui était sur la charrette quand les bœufs étaient attaqués par les mouches.

Une odeur de foin coupé couvre toute la campagne qui vous informe, comme un journal local, où il est coupé

Inondation pendant la  Fenaison

 Difficultés  d’Exploitation.

                                                                   Dans[5] de nombreux entretiens, transparaît la grande difficulté d'exploiter le foin, liée aux caprices de la marée et aux aléas climatiques. Pour accéder au marais, il fallait attendre la date du 24 juin. Souvent, vers le 20-25 juillet, il y avait une marée importante, il fallait donc que le foin soit sorti avant. Il arrivait que le foin, avant qu'il ne soit coupé, soit noyé par la marée. Il fallait attendre qu'il sèche pour le couper. Des fois, les mulons de foin se trouvaient noyés.

Fauchage à la Main

 Autrefois, tout était fauché à la main en un mois environ. Il y avait une activité incroyable. C'était un beau spectacle. Le foin était coupé de bonne heure le matin à la faux. Le faucheur coupait, en le  mettant en andain.

Vers 10 heures (au soleil), on commençait à faner le foin. Enfin d'après-midi, suivant la température, le foin était mis  en hardins pour pouvoir le refaner le lendemain. Ensuite on le mettait en « boudins » au moyen d’un râteau, et parfois en  meule ou meulon (veilloche) petit tas de foin, si le temps était à la pluie.

La Faneuse met le Foin en Boudins

 

Les gens qui fauchaient se rendaient service. Quand c'était fini chez l'un, on allait chez l'autre. Pour sortir le foin, on emmenait une charretée de fagots que l'on mettait dans la douve pour pouvoir passer. On était aussi quelquefois obligé de sortir le foin vert pour le mettre dans des endroits plus hauts pour qu'il sèche. Ce sont les bonhommes qui coupaient le foin. Ils partaient de bonne heure le matin, on leur portait la soupe pour 8 h, ils continuaient jusqu'à midi ; ils refaisaient la pause et ils reprenaient après. Tout le foin était fait à la main, des fois ici on était 15-20, on tournait tout à la main. Pour aller faire le foin au marais, on s'habillait propre, les femmes mettaient une blouse, fallait être propre si on rencontrait du monde. On amenait le casse-croûte, on ne revenait pas manger. On cuisait des œufs, on emmenait des galettes avec du lait dans une soupière. C'était tout préparé. Les galettes sèches, on les mangeait avec du beurre et de la confiture et un coup de cidre. On commençait à 5 h le matin jusqu'à 10 h le soir pour faire le foin.

Les faucheurs n’avaient parfois pas plus de 14 ans. Toute une journée en plein soleil. Il était fané à la main et rentré avec des bœufs et des chevaux. En un mois, tout le foin était coupé à la faux, y'avait du monde dans le marais, maintenant y'a plus personne"

Charrette de foin

Vaches attelées

             On a vu des gens faire leur foin à la faucille, des petites parcelles de 10-15 ares. A la saison des foins, le marais était une fourmilière. Dans l’ensemble le foin était  fauché à la faux jusqu'à la guerre  La mécanisation se fait tardivement.  Les premières faucheuses sont arrivées dans les années 1935 –1940, elles étaient tractées par des bœufs"

Faucheuse Faneuse Racleuse

 Qualité du  Foin.

                                    Parfois de vastes secteurs ne sont pas coupés en raison de la présence de l'eau. Les parties basses ne sont jamais fauchées. Le réseau de chemins est quasiment inexistant et peu praticable, d'où la nécessité de faire de grands détours ou d'avoir recours à l'utilisation de fagots pour permettre le passage des charrettes.

On ne coupait pas dans les endroits mouillés, mais on mettait quand même les bêtes à pâturer. On faisait de la litière, c'était parfois dur de la sortir du marais, c'était vraiment très marécageux. Dans le marais ici, on ne fait que de la litière. Il y a de la tonnelle (prêle). Les vaches mangeaient bien sûr. On en donnait aux vaches qui avaient la diarrhée. Le meilleur foin était gardé pour les chevaux, les vaches avaient le reste. Les alluvions servaient d’engrais, maintenant, il faut apporter de l'engrais. Au départ, il y avait une couche de couenne, des racines, de l'humus. Ça a mis du temps à pourrir, mais depuis quelques années l'humus est consommé.

Les Animaux dans le Marais.

                                                    Le foin coupé et enlevé, les animaux sont conduits au marais. Sur les prés de la Vilaine et de l'Oust, ils peuvent théoriquement rester jusqu'au 25 mars de l'année suivante, date à laquelle toutes les bêtes sont retirées du marais pour laisser pousser le foin. En fait, le temps passé au marais par les animaux est très variable, en fonction de la durée des inondations. Il est de deux à trois mois sur l'Isac et l'Arz, à plus de sept mois sur la Vilaine. Cette différence s'explique par le fait que la submersion des Marais de Vilaine est dépendante de la marée. Elle est peu importante et ne dure que quelques jours. L'eau s'évacue rapidement. En revanche, sur l’Oust, comme sur l'Arz et l'Isac, la période de crue est très longue. Elle peut durer plus de six mois.

Le libre pâturage est la règle, excepté sur l'Arz et l'Isac, où chacun garde ses animaux sur ses propres parcelles. Il consiste à lâcher les troupeaux ensemble en totale liberté et sans gardiennage.

Depuis que le foin est coupé jusqu'à la garde du marais, on mettait les vaches en pagaille. En hiver, s'il faisait froid, et qu'il y avait une marée, on ne mettait pas les vaches. Même s'il y avait un peu d'eau, on mettait les vaches au marais. Tout le monde s'en revenait le soir, on allait les chercher à la sortie du marais".

"On mettait les vaches quand le foin était coupé. Jusqu'à ce que l'eau monte. S'il y avait pas d'eau dans l'hiver, on mettait les vaches. C'était des petites gorgerettes, des petites Bretonnes, y'avait pas de Nantaises ici. Les chevaux allaient au marais en liberté tous les dimanches matin. Le soir, ils venaient les chercher, ils montaient dessus et hop...

Si en principe, il faut être propriétaire de marais pour avoir le droit d'y mettre des animaux, dans les faits, aucun contrôle n'est assuré. "Tout le monde pouvait mettre ses bêtes au marais sans limite de nombre"

1°Annales de l’A.P.P.H

2).Rbio-mag.fr/

3)Le Nouvelliste du Morbihan 1923 mars 15

4)Histoire des Marais

5)La plupart des textes qui vont suivre sont des extraits de conversations